Malus écologique 2028 : durcissement prévu dans le PLF 2026 pour les automobilistes
Publié par Cartegriseminute.fr, le 27/11/2025
Le malus écologique 2028, prévu par l'article 13 du Projet de Loi de Finances (PLF) pour 2026, est en train de devenir l'un des dossiers les plus explosifs du budget. Entre le texte initial, l'amendement gouvernemental adopté par l'Assemblée nationale le 17 novembre 2025, puis l'annulation de cet amendement à la suite du rejet de la partie « recettes » du budget, et enfin l'examen en cours au Sénat, les automobilistes ont de quoi être perdus.
PLF 2026 : un malus 2028 beaucoup plus dur
Dans sa version initiale, l'article 13 du PLF 2026, intitulé « Verdissement de la fiscalité sur les véhicules », prolonge jusqu'en 2028 la trajectoire de durcissement du malus CO₂, déjà fixée jusqu'en 2027 par la loi de finances 2025.
Concrètement, le Gouvernement a tracé la ligne suivante :
- Depuis le 1er mars 2025 : le malus commence à 113 g de CO₂/km et peut aller jusqu'à 70 000 € pour les véhicules émetteurs au-delà de 193 g/km.
- 2026 : le seuil de déclenchement descendra à 108 g/km, avec un plafond relevé à 80 000 €.
- 2027 : nouvelle baisse déjà votée à 103 g/km avec un plafond porté à 90 000 €.
- Malus 2028 : nouveauté du PLF 2026, le taux de déclenchement passerait sous la barre des 100 g/km puisque le malus écologique serait déclenché dès 98 g/km, avec un plafond symbolique et très contesté de 100 000 € pour les véhicules émettant 188 g/km et plus.
Autrement dit, à partir de 2028, un gros SUV lourd et très émetteur pourrait cumuler plein pot les deux taxes, au-delà même des 100 000 € prévus pour le seul barème CO₂.
Pour les professionnels comme pour les ménages, ce texte initial dessine donc un plan fiscal très dissuasif : abaissement des seuils, explosion des montants, et fin du « plafond de verre » sur le cumul des malus.
L'Assemblée Nationale tente de geler 2028 au niveau de 2027
Face à la fronde de la filière automobile et de nombreux députés, le Gouvernement a déposé le 17 novembre 2025 un amendement n° I-4032 sur l'article 13. Cet amendement a été adopté en séance publique.
Son objectif est clair : supprimer purement et simplement les barèmes 2028 au profit de ceux de 2027 déjà prononcés pour :
- le malus CO₂ pour l'immatriculation des voitures neuves ou véhicules importés ;
- la taxe annuelle sur les émissions de CO₂ (ex-TVS) ;
- la taxe annuelle sur les polluants atmosphériques.
- aucun barème spécifique ne serait fixé pour 2028 ;
- l'État s'engagerait à ne pas alourdir la fiscalité par rapport à 2027, autrement dit, reconduire les taux et seuils de 2027, déjà votés en 2025, à 103 g/km et à 90 000 € pour le plafond, au lieu de descendre à 98 g/km et d'aller jusqu'à 100 000 € à partir de 188 g/km.
Pendant quelques jours, le message politique du Gouvernement semblait clair : renoncer à alourdir le malus en 2028, renvoyer la barre à 2027 et laisser entendre que le plafond ne dépasserait pas 90 000 €.
Rejet de la partie « recettes » et abandon des amendements déjà votés
L'examen du PLF 2026 bascule dans la nuit du 20 au 21 novembre 2025. L'Assemblée nationale a rejeté l'ensemble de la 1ère partie du PLF portant sur les recettes de l'État.
Conséquence juridique immédiate : tous les amendements adoptés sur cette partie par les députés sont supprimés, y compris l'amendement gouvernemental I-4032 sur le malus écologique.
Le résultat est que le texte du PLF 2026 est transmis au Sénat dans sa version initiale avec le malus 2028 tel qu'il était prévu, c'est-à-dire avec le seuil de déclenchement à 98 g/km, le plafond à 100 000 € et la suppression annoncée du plafonnement du cumul malus CO₂ + malus masse.
Pour les automobilistes comme pour les professionnels, la situation redevient donc totalement incertaine avec ce malus 2028 qui devient de plus en plus dissuasif.
Au Sénat, un nouveau round décisif sur le malus 2028
Depuis le 27 novembre, le Sénat examine à son tour la partie « recettes » du budget 2026, avec le texte initial en main. Plusieurs amendements sénatoriaux tentent soit d'adoucir, soit de corriger l'article 13.
On trouve notamment :
- des amendements visant à supprimer la prolongation jusqu'en 2028 de la trajectoire du malus CO₂, c'est-à-dire revenir sur le seuil à 98 g et le plafond à 100 000 € pour 2028 ;
- des propositions qui tentent de maintenir le plafonnement du cumul malus CO₂ + malus poids, jugeant qu'aller au-delà serait « excessivement punitif ».
Quel impact cela produira pour les automobilistes ?
Pour mesurer l'enjeu, il faut descendre au niveau très concret de quelques modèles populaires, en prenant l'hypothèse d'un achat neuf immatriculé en 2028.
1. Si le durcissement du malus 2028 est voté (texte initial du PLF 2026)
Dans ce scénario, le barème 2028 s'appliquerait en totalité :
- malus dès 98 g/km (50 €) ;
- barème grimpant fortement au-delà de 110–120 g/km ;
- plafond de 100 000 € dès 188 g/km ;
- plus la possible disparition du plafonnement malus CO₂ + malus masse.
Exemple pour une Renault Clio 1.0 TCe 90 (essence)
Les fiches techniques récentes de la Renault Clio situent les émissions de CO₂, inscrites au champ V7 du certificat d'immatriculation selon la norme WLTP, autour de 113–120 g/km selon la version et les équipements.
En 2025, une Clio supporte un malus encore limité, de 50 € jusqu'à 210 € sur certaines versions.
Avec un seuil abaissé à 98 g/km et un barème plus strict, la même Clio en 2028 se verrait réclamer plusieurs centaines d'euros, possiblement dans une fourchette de 400 à 600 €, au vu de la progression annoncée. Ainsi, un véhicule de 113 g/km passerait par exemple de 50 € de malus en 2025 à 400 € en 2028.
Pour un modèle de voiture du segment B supposé « raisonnable », la marche est donc loin d'être anodine : on bascule d'un petit surcoût à une vraie ligne de budget au moment de l'immatriculation.
Exemple pour une Dacia Sandero ECO-G 100
Selon Dacia, une Sandero ECO-G émet entre 105 et 122 g/km selon la configuration (essence seule, GPL, finition).
À 105–110 g/km, elle serait déjà exposée au malus 2028 (seuil à 98 g), à un niveau de quelques centaines d'euros.
Dans la tranche 118–120 g/km, la note se rapprocherait de celle d'une Clio équivalente, avec un malus nettement supérieur à celui payé en 2025 ou 2026.
Exemple pour un Dacia Duster essence
Un Dacia Duster TCe 130 4x2 se situe autour de 135–140 g/km de CO₂.
À ces niveaux, le malus 2028 risquerait de coûter plusieurs milliers d'euros, un vrai « coup de massue » pour les propriétaires qui songeraient à l'acquérir neuve.
Le poids du Duster reste en-dessous des 1 500 kg dans la plupart des versions, ce qui limite le risque de malus au poids, mais le CO₂ suffirait à alourdir très fortement la facture.
Ce premier scénario confirme le diagnostic des professionnels : même des modèles grand public, loin d'être des « gros SUV de luxe », deviendraient sensiblement plus chers à immatriculer, en particulier pour les ménages qui ne peuvent pas basculer vers l'électrique.
2. Si le Sénat (et ensuite l'Assemblée) gèlent 2028 au niveau de 2027
Dans ce second scénario, inspiré de l'amendement I-4032 et des amendements sénatoriaux en cours de discussion, aucun barème spécifique ne serait fixé pour 2028 :
- le seuil resterait à 103 g/km ;
- le plafond demeurerait à 90 000 € ;
- et la suppression du plafonnement CO₂ + poids pourrait aussi être atténuée ou annulée.
L'effort financier resterait réel, notamment pour les foyers modestes et les entreprises de location ou de flotte mais on éviterait la rupture supplémentaire que représentait le passage à 98 g/km et à 100 000 € de plafond.
Une incertitude qui pèse déjà sur le choix des automobilistes
En résumé, trois faits coexistent aujourd'hui :
- Le texte initial du PLF 2026 prévoit un malus 2028 particulièrement dur (seuil à 98 g/km, plafond à 100 000 €, suppression du plafonnement du cumul de malus).
- L'Assemblée Nationale a adopté un amendement le 17 novembre visant à reconduire le barème 2027 en 2028, mais cet amendement a été annulé de fait par le rejet de la partie « Recettes » du budget.
- Le Sénat examine désormais le texte initial du PLF 2026 et dispose sur sa table de plusieurs amendements qui peuvent soit rétablir un gel du malus en 2028, soit corriger les mesures les plus controversées.
Dans le scénario le plus dur, si le texte initial est maintenu, 2028 deviendrait une année de rupture, où la quasi-totalité des modèles essence et diesel neufs, même modestes, seraient malussés, certains de manière très lourde.
En attendant l'issue de la navette budgétaire, particuliers et entreprises restent donc dans le flou : acheter vite avant 2028, basculer vers l'électrique ou l'hybride, ou différer un remplacement de véhicule ? La réponse dépendra de ce que le Parlement décidera pour l'article 13 du PLF 2026.